Le créateur de l’institut Infométrie narre le roman de l'information, des bactéries primitives aux hybrides que nous serons demain
Editions Max Milo

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La presse parle du livre

 



Le sept neuf du dimanche | 28.12.08
Emission de Stéphane Paoli et Sandra Freeman



J'ai mes sources | 23.06.08
Emission de Nicolas Demorand animée par Colombe Schneck - Chronique de Philippe Bailly

 


Les temps qui courent | 27.06.08
Emission de Anick Schuin.

Interview de Gérard Ayache par Sarah Dirren

 



Les entretiens du futur | 02.07.08
Une interview de Gérard Ayache par Denis Failly

 




La condition humaine 2.0
LE MONDE | 24.05.08 |

Jamais ce que Pierre Teilhard de Chardin nommait "la température psychique de la Terre" n'a été aussi élevée. Avec le développement du cyberespace, des réseaux, de la téléphonie mobile, le monde est devenu en quelques années un gigantesque océan tourmenté, envahi non plus seulement d'énergie et de matière, mais, la numérisation aidant, d'informations. De savoirs, de connaissances.

Des informations, il y en a de toutes formes et de toutes sortes, brutes ou dégrossies, surexposées ou juste entreposées. Chacune a ses atomes propres : les bits. Chacune a sa possibilité d'extension moléculaire : l'hypertexte, qui permet à la mémoire de chacun de devenir la mémoire de tous. Pas un élément du réel qui ne puisse être désormais encodé, stocké, manipulé, expédié. Et pour ainsi dire, dans le même temps : "virtualisé". Voici advenu le règne de l'" hyper-information".

Dans Homo sapiens 2.0 (éd. Max Milo, 288 p., 25 €), Gérard Ayache, spécialiste de la communication, tire des conséquences anthropologiques de ce mouvement lancé jadis (sur un tout autre rythme) par l'imprimerie. L'homme, qui vit de plus en plus dans l'instant (un instant mondialisé), changerait également dans son corps : "augmenté" ou "complété" qu'il est désormais par les outils technologiques que sont téléphones et ordinateurs, dont il ne peut se séparer.

Commandée par la société Nortel, une étude aurait récemment mis au jour un plus grand attachement des salariés à leur portable (tout au moins une plus grande attention portée à l'objet)... qu'à leur porte-monnaie, lorsqu'ils sont appelés à partir en déplacement. L'enquête a conclu que 16 % de 2 400 salariés interrogés dans 17 pays, qualifiés d'"hyperconnectés", utilisaient quotidiennement sept appareils différents, professionnels ou personnels, et neuf applications distinctes, telles que messageries instantanées, boîtes électroniques, Webconférences, etc. La proportion, selon l'étude, pourrait monter à 40 % dans cinq ans.

Cette multiplication des hyperconnectés s'opère alors que l'universalité et la diversité des savoirs disponibles aujourd'hui à travers les flux informationnels induit une collectivisation de la connaissance. Un brassage permanent d'idées, de valeurs, de cultures. Un magma informel en perpétuelle extension sur lequel chacun peut se brancher (encore qu'il y ait une frange importante d'exclus aussi sur ce terrain-là). Qui s'accompagne d'une sursaturation émotionnelle et, par mimétisme, d'une multiplication des stéréotypes. L'hyper-information modifie le rapport de l'individu au réel (à sa représentation), au pouvoir, à l'information, dont il n'est plus seulement le récepteur, mais un "interacteur" opérant dans la complexité, sur un territoire allant de l'univers aux méandres du cerveau humain. Résultat : "Les individus transhument d'un espace à l'autre, observe Gérard Ayache, forgeant leur conscience des choses sur un ensemble d'hypothèses, de probabilités et de valeurs, et plus seulement sur une sélection d'informations diffusées par ceux qui avaient le privilège de leur détention." Certains s'en inquiètent. Des scientifiques, des enseignants, les médias. "A quoi sert un journaliste ?", s'interrogeait ainsi la profession aux cours des deuxièmes Assises du journalisme, organisées à Lille du 21 au 23 mai. "N'ayez pas peur !, confrères, rassure le président du groupe Bayard, Bruno Frappat. Tant qu'il y aura des nouvelles, il faudra des gens pour faire le tri, hiérarchiser les "événements", en jeter. Autrement dit, pour penser l'actualité (...). Il faut parier sur le journalisme durable." Nécessairement adapté à la nouvelle condition humaine. C'est-à-dire qui ne réduise pas, mais ouvre au contraire à la complexité, à la multiplicité des possibles et des interprétations
Jean-Michel Dumay

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L'auteur

Gérard Ayache est sociologue et praticien de la communication et de l’information. Il observe et analyse depuis trente ans les impacts sur la société des phénomènes de communication et d’information, de leur mutation et plus particulièrement l’émergence des nouvelles technologies.

Après des études de Droit à Nice et de Science Politique à Paris, il enseigne la communication et l’information dans le cadre de séminaires de III° cycle à l’Université de Paris I et à l’Institut Français de Presse (Université de Paris II)



Ses recherches théoriques sur la réception des messages et sur l’analyse automatisée des discours l’amènent à créer l’Institut Infométrie en 1978. Appelé à la direction de l’information d’Antenne 2, il participe à l’élaboration des formes modernes d’information télévisée. Il rejoint ensuite FR3 pour prendre les fonctions de directeur des études sociologiques et de conseiller de programmes. Ces fonctions le font étroitement participer à la conception et à la mise en œuvre de l’Audimat. En 1986, il crée Multicom, un groupe de communication globale et conseille, à ce titre de nombreuses institutions et entreprises françaises. Le virage Internet est pris en 1996 avec la création et la production d’un des tout premiers sites français de dimension internationale.

Gérard Ayache a repris en 2003 la direction de l’Institut Infométrie et se consacre à l’analyse des changements sociétaux induits par l’hyperinformation. Ses recherches récentes ont fait l’objet de deux ouvrages : La grande confusion (paru en 2006) et Homo Sapiens 2.0 .

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Les éditions Max Milo

Homo sapiens 2.0 est édité par Max Milo dans la collection l'"Inconnu".
Depuis mars 2000, Max Milo prescrit des remèdes contre l'endormissement et le scandale sur mesure qui menacent une culture trop souvent saisie par le vite-rendu, son corollaire qui est la pensée unique, et les attifets de la modernité. Max Milo édite ainsi des livres à fort contenu littéraire, que ce soit par le style ou les idées, mis en valeur par un angle novateur, original, voire provocant. Il s'agit de provoquer à juste titre.

La collection "l'Inconnu" est dirigée par Jean-Charles Gérard et Luis de Miranda. Selon eux, plus le monde s’accélère, plus la connaissance devient le lieu sinon d’une transcendance, du moins d’une danse de la curiosité, selon l’invite de René Char : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer. »

Quelques titres publiés dans cette collection :

Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, traduit et commenté par Georges-Arthur Goldschmidt
Archéologies du futur, de Frederic Jameson
La théorie des mèmes de Susan Blackmore, avec un avant-propos de Richard Dawkins
Le triomphe des bactéries d'Antoine Andremont et Michel Tibon-Cornillot
       

Coordonnées :

34, rue de Lancry - 75010 Paris
Tel : 01 40 40 03 43
www.maxmilo.com
com@maxmilo.com

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Extraits (Prologue)

Écrire un ouvrage qui s’intitule « Histoire naturelle de l’hyperinformation » semble bien présomptueux, car c’est d’une histoire naturelle de la vie dont il s’agit. L’information fait partie de la vie comme la matière ou l’énergie des physiciens ; elle en est la substance intrinsèque. L’histoire de la vie, puis celle des hommes, ne sont au fond qu’une histoire de l’information.

Le premier organisme vivant né dans la soupe protoplasmique il y a près de quatre milliards d’années savait déjà s’informer et informer les autres. Bien plus tard, Homo sapiens ne devint sapiens que dès qu’il sut parler, c'est-à-dire organiser des sons reproductibles dotés de sens. Il lui fut alors donné la chance tragique de penser, de rêver et de se projeter. En inventant sans cesse les moyens de s’étendre, il conquit non seulement tous les territoires du globe mais aussi les secrets de la matière, de l’énergie et de la vie.

Homo sapiens avait lentement grandi, il avait construit ce que nul autre animal sur Terre n’avait fait. Il avait produit tant d’œuvres, tant d’arts, tant de pensées. Il avait lancé tant de projets, réalisé tant de rêves fous, inventé tant de machines stupéfiantes. Il s’était même pris pour Dieu, ou du moins son fondé de pouvoir sur Terre. C’est vrai, il avait aussi laissé quelquefois ses instincts errer, il avait commis quelques atrocités, mais que voulez-vous, l’homme est ainsi... Son chemin est jonché de spectres et de monuments car l’homme a passé un pacte faustien : toutes ses œuvres possèdent deux revers, le bien et le mal. Elles sont capables du meilleur comme du pire. Il s’en aperçut douloureusement quand, ouvrant la boîte de Pandore de la matière, il avait voulu la libérer. Cela aurait dû être un avertissement. Il n’en fut rien. L’homme continua sa route à marche forcée ne se doutant pas qu’il devenait progressivement le jouet des instruments de domination qu’il avait lui-même fabriqués.

Sa grande conquête fut la maîtrise de l’information. Elle était son obsession dès son plus jeune âge. Comment conserver les traces de sa mémoire et de son passage si bref sur cette Terre ? Il inventa sans cesse de nouvelles techniques pour communiquer encore plus et toujours plus loin, reculant les frontières au-delà de l’espace. Fier de la portée de ses découvertes, l’homme était inconscient de leur nature. En effet, chacune de ses œuvres, non seulement lui échappait, mais prenait son autonomie. Chacune de ses projections, de ces techniques dont on louait les prodiges, prenait, sans qu’il le veuille, une nature quasi-métaphysique. Chacune d’elle codifiait à sa façon le monde, l’unifiait, développait certains sens au détriment d’autres, certaines inclinations émotionnelles ou intellectuelles étaient favorisées tandis que d’autres étaient délaissées. Chacune de ses œuvres, de la plus bouleversante à la plus anodine possédait une puissance de nature écologique. Chacune de ses inventions changeait le monde alors qu’il croyait sincèrement qu’elle ne faisait qu’y ajouter quelque chose, un simple pas de plus dans le Progrès. Mais une goutte de vin dans un verre d’eau change radicalement la nature de l’eau. Le livre imprimé changea le monde et transforma l’homme, comme le fit plus tard la radio, la télévision ou l’ordinateur multimédia. Il n’en était pas conscient. Il ne pouvait l’être car ses œuvres possèdent une force particulière, celle du mythe. Aussitôt nées, ses créations se fondent dans l’ordre naturel des choses. L’alphabet, la roue, la lumière, l’auto, l’avion, l’ordinateur, les journaux, la télé, tous les produits de la culture humaine deviennent comme des dons de la nature, comme les arbres ou les étoiles.

Mais, au détour d’un siècle, Homo sapiens apprit à percer plus encore le secret de l’information et de son alchimie ; il libéra l’hyperinformation. Cette force entreprit alors des alliages subtils entre la matière et la pensée, l’animé et l’inanimé, le virtuel et le réel. Dès lors tout changea. Ce jour là, il comprit que la puissance de son cerveau lui échappait. Il se rendit compte alors qu’il avait changé, et son monde aussi. La niche qu’il s’était construite, siècles après siècles, dans le long cours de son histoire, lui devenait soudain étrangère, potentiellement hostile et dangereuse. Il découvrait, soudain dégrisé, que ses actions, ses pensées, sa culture, ses habitudes, ses coutumes, ses progrès, avaient dé-naturé son monde. Et que, de surcroît, lui-même avait aussi changé. Il n’était plus tout à fait le même. La science qu’il avait conçue et élevée dans son sein, l’avait brusquement promu au rang des objets intelligents et programmables, remisé au rayon des objets dépourvus de valeur spéciale. La haute image qu’il s’était faite de lui-même s’en trouvait soudain inquiétée. Dans son corps, dans les rouages de son cerveau, dans les sociétés et les civilisations qu’il avait construites, l’homme sentait une profonde métamorphose s’opérer. Une nouvelle version d’Homo sapiens était en train d’émerger dans le fleuve de l’évolution.

Une version d’homme toute neuve, hybride en puissance, dotée d’une intelligence autre, augmentée, connectée, maillée dans un tissu organique, une peau de communication. Un homme cellulaire, molécule pensante d’un cerveau plus grand, plus large, plus puissant que lui. Un homme nouveau fragile, et fort à la fois, tendu vers une espérance tragique, d’une ampleur surhumaine.»

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Sommaire du livre

Prologue

Genèse créative
La leçon de Jonas

L’information, structure interne de l’univers
La danse de l’abeille

Logique numérique du vivant
Le kidnapping du Professeur Crickson

Gènes et mèmes, même combat
La première dispute de l’humanité

Une machine pour les mèmes
Héritage

Propagation
La Compagnie du Mont Pèlerin

Voyage à l’intérieur du cerveau
Rêve bionique ou cauchemar prométhéen ?

L’homme projeté
L’oiseau décorateur

L’hyperinformation
Quand les médias trembleront

La condition humaine
Portable d’outre-tombe

Cerveau global
Le cas Wikipedia

Intelligence augmentée
Lettres aux générations futures

Homo Sapiens 2.0

Post Scriptum

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