Le créateur de l’institut Infométrie narre le roman de l'information, des bactéries primitives aux hybrides que nous serons demain
Editions Max Milo

Participez à l'univers netvibes d'Homo Sapiens 2.0

Genèse créative [chap. 1]

Les stromatolithes, premières traces de vie organisée

En 1986, William Schopf de l’Université de Californie à Los Angeles découvrait, dans des formations géologiques d’Australie Occidentale vieilles de 3,5 milliards d’années, les traces d’assemblages que sont les premiers organismes vivants. Ces organismes primitifs nés au fond de lacs et de lagunes correspondent vraisemblablement à ce que seront plus tard les bactéries et les algues. Ces premières formes de vie, dont les reliques sont gravées dans les couches rocheuses calcaires ou siliceuses (les stromatolithes), sont extrêmement rudimentaires ; elles ne sont qu’un avant goût des formes plus complexes qui naîtront bien vite, mais elles comptaient déjà un nombre de sujets supérieur au nombre d’êtres humains ayant jamais existé.

Les restes fossilisés de ces stromatolithes témoignent indéniablement d’une vie organisée : elles sont construites en ondulations autour d’un centre précis. Cette forme est la caractéristique d’organismes menant une stratégie d’exploration et de conquête pour l’alimentation que l’on retrouve dans un grand nombre d’espèces bactériennes. La cellule vivante la plus archaïque n’est pas un simple amas de molécules, assemblé plus ou moins au hasard ; c’est une structure qui fonctionne selon un projet.

Les stromatolithes font partie des plus vieilles formes de vie connues sur notre planète. Elles sont apparues au début de l'archéen il y a 3,5 milliards d'années et sont devenues particulièrement abondantes à la fin de l'archéen il y a 2,5 milliards d'années. Cette époque correspond à une augmentation sensible du niveau d'oxygène dans l'atmosphère terrestre. Certains géologues estiment que les stromatolithes en ont été directement responsables. Au protérozoïque (période s'étalant de 2,5 milliards d'années à 570 millions d'années), les stromatolithes étaient bien représentées à la surface du globe. Leur déclin a commencé à la fin du protérozoïque. On retrouve leurs fossiles en Australie occidentale, en Afrique du sud, au Groenland ou aux États-Unis. Certaines vivent cependant encore aujourd'hui dans des environnements bien particuliers, comme la célèbre baie des requins en Australie (photo).

Voir l'article de Wikipedia sur les stromatolithes


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Genèse créative [chap. 1]

Naissance d'un "réseau créatif de survie"

Les recherches les plus récentes démontrent que les premières communautés de bactéries avaient développé les toutes premières formes de ce que nous appellerions aujourd’hui, dans un raccourci anthropomorphique, une « intelligence connectée ».

En effet, ces organismes vivants primitifs, avaient, dès l’origine, tissé entre elles de véritables liens de communication par l’intermédiaire de moyens de signalisation variés – chimiques, génétiques, physiques – capables de diffuser des messages sur une longue distance. Toute cette machinerie relativement sophistiquée, décrite par le célèbre scientifique Eshel Ben-Jacob sous le nom de « réseau créatif de survie » , remplissait un objectif primordial : observer l’environnement pour en prévenir les dangers, détecter les opportunités, s’en nourrir et prospérer.

Les très nombreuses et belles images prises par le laboratoire d'Eshel Ben Jacob montrent que les colonies batériennes se construisent en structures organisées et se développent la plupart du temps autour d'un centre, démontrant ainsi leur conquête "intelligente" du territoire.



La photo à gauche est une simulation d'une croissance bactérienne (Paenibacillus dendritiformis). Les couleurs indiquent des temps de croissance différents. (Source : Prof. Eshel Ben-Jacob, Bacterial Cybernetics Group, Tel-Aviv University, PhysicaPlus, the IPS Online magazine).

Voir le site du laboratoire

Télécharger l'intéressant article de Ben-Jacob "A Model of Social Cooperation"

Je vous recommande aussi l'article (pdf) du scientifique James Shapiro de l'Université de Chicago intitulé "les bactéries sont petites mais pas stupides" dont voici l'abstract :

"40 years experience as a bacterial geneticist have taught me that bacteria possess many cognitive, computational and evolutionary capabilities unimaginable in the first six decades of the 20th Century. Analysis of cellular processes such as metabolism, regulation of protein synthesis, and DNA repair established that bacteria continually monitor their external and internal environments and compute functional outputs based on information provided by their sensory apparatus. Studies of genetic recombination, lysogeny, antibiotic resistance and my own work on transposable elements revealed multiple widespread bacterial systems for mobilizing and engineering DNA molecules. Examination of colony development and organization led me to appreciate how extensive multicellular collaboration is among the majority of bacterial species. Contemporary research in many laboratories on cell-cell signaling, symbiosis and pathogenesis show that bacteria utilize sophisticated mechanisms for intercellular communication and even have the ability to commandeer the basic cell biology of “higher” plants and animals to meet their own needs. This remarkable series of observations requires us to revise basic ideas sentient beings.''


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Genèse créative [chap. 1]

Les chimères de la vie

L’observation microscopique des cellules humaines trahit ce secret des eucaryotes. Les hommes, comme tous les êtres faits de cellules à noyau sont probablement des combinaisons – des « chimères » – issues de la fusion de créatures auparavant différentes et séparées.

Nos cellules nerveuses contiennent des microtubules, descendantes de spirochètes, dont le rôle n’est pas clairement établi ; les spermatozoïdes possèdent des microtubules organisés en forme de fouet ressemblant aux flagelles de certaines bactéries. Les protéines qui les constituent sont très semblables à celles de certaines bactéries possédant la caractéristique de se déplacer à très haute vitesse. Ces exemples sont les reliques de cette organisation symbiotique du vivant.

La théorie de l’endosymbiose est brillamment développée par la biologiste Lynn Margulis. La symbiose est une association réciproquement bénéfique de deux êtres vivants (le parasitisme n’est pas une symbiose). On la désigne sous le nom d’endosymbiose quand l’un des deux êtres vivants est contenu dans l’autre. Ces phénomènes ont conduit notamment à la formation des mitochondries.

Schéma d’une endosymbiose primaire (source : Université de Jussieu ): Absorption d'une bactérie par une cellule eucaryote primitive et formation d'une cellule eucaryote hétérotrophe. Les bactéries absorbées deviennent des mitochondries et réalisent la respiration.

Voir l'article endosymbiose de Wikipedia

Un article fondateur sur le sujet : On the origin of mitochondria: a genomics perspective (pdf) de Siv G. E. Andersson, Olof Karlberg, Bjorn Canback and Charles G. Kurland (Department of Molecular Evolution, University of Uppsala)

Le livre indispensable : "L'univers bactériel" de Lynn Margulis et Dorion Sagan


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Genèse créative [chap. 1]

Ballade protérozoïque

Si vous aviez la possibilité d’emprunter un véhicule vous permettant de remonter le temps, je vous conseille de faire une escale vers le début de l’ère protérozoïque (il y a environ 1,3 milliards d’années). Le monde que vous y découvririez serait plat et détrempé. Au loin, vous apercevriez les panaches de fumées de quelques volcans et au premier plan, un patchwork de mares qui semblent peu profondes, mais abondamment colorées. A leur surface, des tapis d’écumes vertes et brunes flottent doucement et se perdent jusqu’à l’horizon. Cette écume nappe les berges des rivières, teintant l’eau d’une couleur rouille. Elle s’accroche aux rochers, s’insinuant dans les moindre fissures, pénétrant la roche elle-même. Si vous êtes équipé d’un microscope, vous verrez un monde kaléidoscopique de sphères bouillonnantes pourpre, aigue-marine, rouge et jaune. De longs filaments semblent s’étendre au-delà des amas colorés, se faufilant lentement vers la lumière du soleil. Des organismes infimes agitent leur fouet alors que d’autres s’amassent comme un tissu léger flottant en ondulant au gré du courant. Les galets, les rochers, les moindres cailloux sont enveloppés de reflets vivants rouge, rose, jaune et vert émeraude .

Le Grand Prismatic Spring situé dans le Parc national de Yellowstone (Wyoming, USA)est un bassin thermal qui accueille dans ses eaux chaudes des populations bactériennes. Le paysage multicolore et fantasmagorique est identique à celui que les débuts de notre planète devaient offrir.


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Présentation

L'auteur

Gérard Ayache est sociologue et praticien de la communication et de l’information. Il observe et analyse depuis trente ans les impacts sur la société des phénomènes de communication et d’information, de leur mutation et plus particulièrement l’émergence des nouvelles technologies.

Après des études de Droit à Nice et de Science Politique à Paris, il enseigne la communication et l’information dans le cadre de séminaires de III° cycle à l’Université de Paris I et à l’Institut Français de Presse (Université de Paris II)



Ses recherches théoriques sur la réception des messages et sur l’analyse automatisée des discours l’amènent à créer l’Institut Infométrie en 1978. Appelé à la direction de l’information d’Antenne 2, il participe à l’élaboration des formes modernes d’information télévisée. Il rejoint ensuite FR3 pour prendre les fonctions de directeur des études sociologiques et de conseiller de programmes. Ces fonctions le font étroitement participer à la conception et à la mise en œuvre de l’Audimat. En 1986, il crée Multicom, un groupe de communication globale et conseille, à ce titre de nombreuses institutions et entreprises françaises. Le virage Internet est pris en 1996 avec la création et la production d’un des tout premiers sites français de dimension internationale.

Gérard Ayache a repris en 2003 la direction de l’Institut Infométrie et se consacre à l’analyse des changements sociétaux induits par l’hyperinformation. Ses recherches récentes ont fait l’objet de deux ouvrages : La grande confusion (paru en 2006) et Homo Sapiens 2.0 .

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Les éditions Max Milo

Homo sapiens 2.0 est édité par Max Milo dans la collection l'"Inconnu".
Depuis mars 2000, Max Milo prescrit des remèdes contre l'endormissement et le scandale sur mesure qui menacent une culture trop souvent saisie par le vite-rendu, son corollaire qui est la pensée unique, et les attifets de la modernité. Max Milo édite ainsi des livres à fort contenu littéraire, que ce soit par le style ou les idées, mis en valeur par un angle novateur, original, voire provocant. Il s'agit de provoquer à juste titre.

La collection "l'Inconnu" est dirigée par Jean-Charles Gérard et Luis de Miranda. Selon eux, plus le monde s’accélère, plus la connaissance devient le lieu sinon d’une transcendance, du moins d’une danse de la curiosité, selon l’invite de René Char : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer. »

Quelques titres publiés dans cette collection :

Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, traduit et commenté par Georges-Arthur Goldschmidt
Archéologies du futur, de Frederic Jameson
La théorie des mèmes de Susan Blackmore, avec un avant-propos de Richard Dawkins
Le triomphe des bactéries d'Antoine Andremont et Michel Tibon-Cornillot
       

Coordonnées :

34, rue de Lancry - 75010 Paris
Tel : 01 40 40 03 43
www.maxmilo.com
com@maxmilo.com

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Extraits (Prologue)

Écrire un ouvrage qui s’intitule « Histoire naturelle de l’hyperinformation » semble bien présomptueux, car c’est d’une histoire naturelle de la vie dont il s’agit. L’information fait partie de la vie comme la matière ou l’énergie des physiciens ; elle en est la substance intrinsèque. L’histoire de la vie, puis celle des hommes, ne sont au fond qu’une histoire de l’information.

Le premier organisme vivant né dans la soupe protoplasmique il y a près de quatre milliards d’années savait déjà s’informer et informer les autres. Bien plus tard, Homo sapiens ne devint sapiens que dès qu’il sut parler, c'est-à-dire organiser des sons reproductibles dotés de sens. Il lui fut alors donné la chance tragique de penser, de rêver et de se projeter. En inventant sans cesse les moyens de s’étendre, il conquit non seulement tous les territoires du globe mais aussi les secrets de la matière, de l’énergie et de la vie.

Homo sapiens avait lentement grandi, il avait construit ce que nul autre animal sur Terre n’avait fait. Il avait produit tant d’œuvres, tant d’arts, tant de pensées. Il avait lancé tant de projets, réalisé tant de rêves fous, inventé tant de machines stupéfiantes. Il s’était même pris pour Dieu, ou du moins son fondé de pouvoir sur Terre. C’est vrai, il avait aussi laissé quelquefois ses instincts errer, il avait commis quelques atrocités, mais que voulez-vous, l’homme est ainsi... Son chemin est jonché de spectres et de monuments car l’homme a passé un pacte faustien : toutes ses œuvres possèdent deux revers, le bien et le mal. Elles sont capables du meilleur comme du pire. Il s’en aperçut douloureusement quand, ouvrant la boîte de Pandore de la matière, il avait voulu la libérer. Cela aurait dû être un avertissement. Il n’en fut rien. L’homme continua sa route à marche forcée ne se doutant pas qu’il devenait progressivement le jouet des instruments de domination qu’il avait lui-même fabriqués.

Sa grande conquête fut la maîtrise de l’information. Elle était son obsession dès son plus jeune âge. Comment conserver les traces de sa mémoire et de son passage si bref sur cette Terre ? Il inventa sans cesse de nouvelles techniques pour communiquer encore plus et toujours plus loin, reculant les frontières au-delà de l’espace. Fier de la portée de ses découvertes, l’homme était inconscient de leur nature. En effet, chacune de ses œuvres, non seulement lui échappait, mais prenait son autonomie. Chacune de ses projections, de ces techniques dont on louait les prodiges, prenait, sans qu’il le veuille, une nature quasi-métaphysique. Chacune d’elle codifiait à sa façon le monde, l’unifiait, développait certains sens au détriment d’autres, certaines inclinations émotionnelles ou intellectuelles étaient favorisées tandis que d’autres étaient délaissées. Chacune de ses œuvres, de la plus bouleversante à la plus anodine possédait une puissance de nature écologique. Chacune de ses inventions changeait le monde alors qu’il croyait sincèrement qu’elle ne faisait qu’y ajouter quelque chose, un simple pas de plus dans le Progrès. Mais une goutte de vin dans un verre d’eau change radicalement la nature de l’eau. Le livre imprimé changea le monde et transforma l’homme, comme le fit plus tard la radio, la télévision ou l’ordinateur multimédia. Il n’en était pas conscient. Il ne pouvait l’être car ses œuvres possèdent une force particulière, celle du mythe. Aussitôt nées, ses créations se fondent dans l’ordre naturel des choses. L’alphabet, la roue, la lumière, l’auto, l’avion, l’ordinateur, les journaux, la télé, tous les produits de la culture humaine deviennent comme des dons de la nature, comme les arbres ou les étoiles.

Mais, au détour d’un siècle, Homo sapiens apprit à percer plus encore le secret de l’information et de son alchimie ; il libéra l’hyperinformation. Cette force entreprit alors des alliages subtils entre la matière et la pensée, l’animé et l’inanimé, le virtuel et le réel. Dès lors tout changea. Ce jour là, il comprit que la puissance de son cerveau lui échappait. Il se rendit compte alors qu’il avait changé, et son monde aussi. La niche qu’il s’était construite, siècles après siècles, dans le long cours de son histoire, lui devenait soudain étrangère, potentiellement hostile et dangereuse. Il découvrait, soudain dégrisé, que ses actions, ses pensées, sa culture, ses habitudes, ses coutumes, ses progrès, avaient dé-naturé son monde. Et que, de surcroît, lui-même avait aussi changé. Il n’était plus tout à fait le même. La science qu’il avait conçue et élevée dans son sein, l’avait brusquement promu au rang des objets intelligents et programmables, remisé au rayon des objets dépourvus de valeur spéciale. La haute image qu’il s’était faite de lui-même s’en trouvait soudain inquiétée. Dans son corps, dans les rouages de son cerveau, dans les sociétés et les civilisations qu’il avait construites, l’homme sentait une profonde métamorphose s’opérer. Une nouvelle version d’Homo sapiens était en train d’émerger dans le fleuve de l’évolution.

Une version d’homme toute neuve, hybride en puissance, dotée d’une intelligence autre, augmentée, connectée, maillée dans un tissu organique, une peau de communication. Un homme cellulaire, molécule pensante d’un cerveau plus grand, plus large, plus puissant que lui. Un homme nouveau fragile, et fort à la fois, tendu vers une espérance tragique, d’une ampleur surhumaine.»

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Sommaire du livre

Prologue

Genèse créative
La leçon de Jonas

L’information, structure interne de l’univers
La danse de l’abeille

Logique numérique du vivant
Le kidnapping du Professeur Crickson

Gènes et mèmes, même combat
La première dispute de l’humanité

Une machine pour les mèmes
Héritage

Propagation
La Compagnie du Mont Pèlerin

Voyage à l’intérieur du cerveau
Rêve bionique ou cauchemar prométhéen ?

L’homme projeté
L’oiseau décorateur

L’hyperinformation
Quand les médias trembleront

La condition humaine
Portable d’outre-tombe

Cerveau global
Le cas Wikipedia

Intelligence augmentée
Lettres aux générations futures

Homo Sapiens 2.0

Post Scriptum

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